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Reviews from France Lou PROFA - New York (CD, Listen Loudest!) Zdenko Franjic, le boss de Listen Loudest!, met les bouchees doubles pour faire connaitre l'oeuvre de Lou Profa. A raison de 3 albums a lannee, il est bien difficile d'echapper au folk nostalgique du plus americain des croates. Lou Profa n'est plus un jeunot. Il ecrit des shansons depuis la fin des 60's. C'est d'ailleurs a cette periode qu'ont ete couches sur papier les 7 titres de cet album, mais c'est bien aujourd'hui que Lou Profa les a reenregistrees. Du moins 6 d'entre elles, puisque, assez curieusement, "World", elle, a ete mise en boite dans les 80's. Cest sur ses morceaux acoustiques que Lou Profa est le plus convaincant. Sa voix sensible et a la mise en placeimpeccable se fond dans les accords de sa guitare pour restituer toute la magie d'une certaine ecole folk new-yorkaise, celle de Greenwich Village, que le bonhomme semble avoir bien connu durant ses heures de gloire. Poete inspire et chanteur attachant, il est d'autant plus dommage de l'entendre se perdre parfois dans des arrangements de synthes aussi cheap qu'insignifiants "Magic Star", qui devaluent completement son travail d'ecriture. Curieuse dychtomie qui anime Lou Profa, et qui ne pourrait que le desservir....si les titres acoustiques n'ataient pas les plus nombreux. Ouf! Leo442rue LOSI DECKI - U bozanskoj misiji (CD, Listen Loudest!) LUTAJUCI D.J. ZDENA - Spanski Brijac (CD, Listen Loudest!) Zdenko Franjic est un dynamique activiste croate de la chose rock. Non content d'etre le maitre d'oeuvre du label Listen Loudest! (plusieurs dizaines de references a ce jour), il est egalement le chanteur de Losi Decki, en activite depuis une petite dizaine d'annees. "U bozanskoj misiji" est le dernier album en date du groupe, enregistre avec les moyens du bord, et grave a l'emporte piece. Sur que l'Europe de Est est encore un peu a la traine en matiere de haute technologie musicale, mais ca n'empeche pas la volonte ni le desir de s'exprimer a tout prix. La musique de Losi Decki est relativement classique de conception, un rock tres empreint de sonorites 70's, sans grande inventivite certes, mais bien rendu et bien foutu. C'est la l'essentiel. Comme la grosse majorite des groupes du label, Losi Decki chante en croate (Zdenko possede une voix de fausset tres slave d'inspiration), langue que je ne maitrise que tres imparfaitement, ce qui m'empeche de vous toucher le moindre mot quant a ce qu'il peut bien vouloir dire. A signaler tout de meme 2 reprises pour le moins inattendues : Billie Holiday et Sly & Robbie! En parallele de Losi Decki, zdenko mene egalement un projet solo: Lutajuci D.J. Zdena (D.J Zdena le vagabond), sur un concept assez marrant. En effet, il prend un instrumental quelconque, lui colle des paroles, et chante carrement sur le disque original. Le dub ou le rap extremiste. C'est ainsi qu'on peut l'entendre, sur l'album "Spanski brijac", pousser la chansonnette sur des instrumentaux de DMZ ("Borderline" devenu "Sismis" qui est le nom croate de Batman), Des Wailers (le groupe garage 60's americain), de james Brown, de Link Wray, ou, plus traditionnellement toasting-dub, de Sly & Robby ou King Tubby. Redoutable d'efficacite ce truc! Et comme Losi Decki semble plutot prolifique, 3 titres du groupe sont meme inclus ici. Keep on D.J. ing! Leo442rue Lou PROFA - Soul Music (CD, Listen Loudest!) Me demandez pas de vous raconter la vie et l'oeuvre de Lou Profa. Je n'en connais foutre pas une seule ligne. Sinon que le bonhomme, avec sa degaine de prophete maudit ou de poete beat, semble oeuvrer depuis une bonne trentaine d'ennees dans la chose "rock". Ce "Soul Music" mystique et hante voit Lou Profa chanter ses ballades rituelles avec sa guitare accoustique pour seul accompagnement, quand se n'est pas carrement a cappella. Du grand art! Surtout que ses textes sont soit en croate, donc incomprehensibles pour le commun des mortels occidentaux, soit en anglais, mais se contentant alors de repeter sempitemellement le meme vers. Bref, dans tous les cas, hors de question d'etre distrait par l'internet des mots, on se concrete seulement sur la sonorite de la chose, et c'est la que la magie opere. La voix de Lou Profa se fait tantot fragile et convaincante, notamment dans les ballades folk, tantot intense et groovy, dans les titres soul a cappella. Peu importe alors la technique... Ce sont des claquements de main rythmes qu'on peut entendre en fond sonore, ou bien ses doigts qui cognent le bois de la guitare, voir ses boutons de chemise ou ses bagues...Seule compte la spontaneite, comme quand des Alan Lomax ou des John Hammond parcouraient, dans les 30's et les 40's, le sud profond a la recherche du blues et du folk les plus authentiques. Lou Profa est le digne descendant de ces hobos oublies, surtout que je ne suis pas sur que la Croatie d'aujourd'hui soit si eloignee du Texas d'alors. Leo442rue 7. BOMBARDIRANJE NEW YORKA (3CD, Listen Loudest!) Je vous ai deja touche 2 mots des activites de Zdenko F., leader du groupe Losi Decki, et big boss du label Listen Loudest! Apparemment, depuis l'ouverture a l'ouest des anciens pays du bloc communiste, la demande pour le rock se fait pressente, ce qui autorise Listen Loudest! a sortir pas mal de disques. Dans la foulee, et pour faire connaitre son catalogue, Zdenko publie regulierement des compils maison. Celle-ci est la septime de la serie et il lui a fallu pas moins de 3 CD remplis a craquer pour presenter ses dernieres productions, preuve de la bonne sante de son label. Faut dire aussi qu'il met un point d'honneur a proposer 2 ou 3 titres par groupe pour avoir une idee un peu plus precise de la musique de chacun. Alors forcement... La grosse majoritedes groupes repertoires ici vient des differents etats issus de l'ex Yugoslavie, et sont parfaitement inconnus par chez nous. Musicalement, si le rock reste la base meme de l'activisme de tout ce beau monde, on en retrouve les differentes mouvances et tendances, mais, heuresement, majoritairement "a guitares", ce qui nous rend la chose symphatique. Je ne vais pas vous lister la bonne trentaine de groupes presents, trop fastidieux, citons juste ceux qui nous ont fait dresser l'oreille un peu plus haut que les autres: Lou Profa, l'un des piliers du label avec son folk directement inspire de Greenwich Village, Trio de Janeiro et son punk skatoide enerve. Erotic Biljan & his Heretics, du rock'n'roll tendance garage bravement emmene, Reckless Bastards (l'un des 2 gangs americains du lot) et Korozija, et leur garage-punk lo-fi, Concrete Worms qui se permettent de reprendre les Sonics et les Heartbreakers d'imparable facon, The Nazis From Mars, techno-punk a la Suicide, Messerschmitt, les Motorhead croates, The Knuckleheads, pub-rock instrumental, Duka Ruzic, un saxophoniste jazzy-blues qui joue complement solo, The Spoons, enfin, qui cloturent le tout avec un reprise sauvage, crade et vicieuse de "Louie Louie". Une bonne approche du label, comme les 6 premiers volumes. Lionel, 442eme RUE # 50 COUNTRY EN CROATIE 8. BOMBARDIRANJE NEW YORKA (CD, Slusaj Najglasnije ! - Teskovec 27c - 10090 Zagreb - Croatie) 9. BOMBARDIRANJE NEW YORKA (CD, Slusaj Najglasnije !) Zdenko Franjic et son label Listen Loudest ! semblent avoir décidé de passer la vitesse supérieure pour ce qui est de la sortie de leurs albums. Les compilations "Bombardiranje New Yorka" s'enchaînent avec régularité et implacabilité. Le volume 7 n'était rien moins qu'un triple CD, là ce sont 2 volumes qui sortent simultanément. Certes 2 volumes simples, mais quand même... Première constatation, ces 2 volumes se font un peu plus internationaux puisqu'on y retrouve un groupe turc et 5 groupes américains, toujours au milieu d'une flopée de groupes issus de l'ex Yougoslavie (18 pour être précis). Seconde constatation, la musique, elle aussi, s'aventure sur des chemins moins strictement rock. Tout ceci combiné fait que l'impression d'écoute s'en trouve un peu plus mitigée qu'à l'habitude. Il est vrai également que c'est le propre d'une compilation que de proposer un éventail assez large pour que la présentation n'en soit que plus concluante, mais, du coup, on laisse forcément quelques noms sur le bord de la route. Ainsi, les turcs de Fairuz Derin Bulut ou l'américain Al Perry ne m'ont guère convaincu dans leurs exercices de style instrumentaux un peu trop démonstratifs pour être attractifs. Mais bon, au milieu de tout çà, on peut quand même retenir Lutajuci D.J. Zdena (le boss lui-même) qui s'amuse toujours autant à poser son chant décalé sur les disques des autres (superbe et bluesy "Bed Rok"), Bob Urh & the Bare Bones (de New York) et son blues cryptique, nos vieilles connaissances new yorkaises les Coffin Daggers avec 2 surfs dont ils ont le secret (dommage qu'ils soient extraits de leur premier album... mais vu que tout le monde ne l'a peut-être pas cet album...), les Goblins (de Chicago, qu'on pourra retrouver l'an prochain sur le "Tribute to Batman" que la "442ème Rue" est en train de vous concocter amoureusment) et leur power rock'n'roll efficace et décoiffant, Nitkovi (de Mostar), l'inamovible Lou Profa, pilier du label (lire la chronique de son dernier album ailleurs dans ce numéro) ou Rogi (de Zagreb) qui nous offrent une version abrasive du "Something else" de Cochran). L'ensemble, malgré quelques faiblesses, reste quand même de bon niveau, et continue surtout à nous présenter nombre de groupes qui n'auraient eu aucune chance de tomber un jour sur nos platines eu égard à leurs origines géographiques, et rien que pour çà ça vaut la peine de s'y pencher. Lou PROFA - Svemirska zafrkancija (CD, Slusaj Najglasnije !) Ca va finir par devenir une habitude cette affaire ! Bientôt il n'y aura plus un numéro de la "442ème Rue" qui ne parle pas de Lou Profa. Ce type-là est une mine intarissable. Faut dire aussi qu'il trimballe sa soif de notes depuis plus de 35 ans, qu'il est d'une prolixité à faire passer Stephen King pour un flemmard impénitent, et qu'il ne s'embarrasse guère de considérations techniques quand il s'agit de coucher sur bande sa logorrhée musicale. Du coup, je parierais bien qu'il a dû emmagasiner tant de chansons qu'il serait capable de sortir un album mensuel pendant les 10 prochaines années sans que son crédit soit épuisé. Bref, le label croate Listen Loudest ! nous propose donc 10 nouvelles chansons du bonhomme. Malheureusement, il s'agit cette fois-ci de chansons enregistrées avec le concours de synthétiseurs (donc probablement du côté des 80's ou des 90's), ce qui, il faut bien l'avouer, n'est guère fait pour apprécier à leur juste valeur ses mélodies basiques et sainement "punks". Le côté cheap de ses enregistrements, s'il se satisfait pleinement de l'acoustique, voir du rock minimaliste, ne supporte pas trop ces synthés crapoteux et rachitiques. Reste que certains des morceaux entendus ici sont de nouvelles petites merveilles de rock-pop songs à la fois simples et efficaces (10 titres en 20 minutes, c'est pas de l'opéra-rock de pacotille çà). Certaines bénéficient même d'un énième passage en studio, puisque déjà entendues sur d'autres albums. Bon, pas le meilleur album de Lou Profa, mais pas le pire non plus. Avec des arrangements adéquats, il y aurait même de quoi avoir un bon disque de rock tendance early 70's (cf "Mene ne zanimaju zene", la dernière chanson de l'album, justement enregistrée avec un vrai groupe, et sans machines). A la prochaine... Lou PROFA & COBALT : Ne brini, svi misle da je u redu (CD, Slusaj Najglasnije ! Teskovec 27c ,10090 Zagreb, Croatie) Lou PROFA : Sara (CD, Slusaj Najglasnije !) Mais qu'est-ce qui fait courir Lou Profa ? Le bonhomme sort des disques plus vite que Lucky Luke ne dessoude son ombre. Il marche à quoi ? Avec ses 2 dernières productions, Lou Profa nous offre les 2 facettes de son talent. Avec Cobalt c'est d'un bon rock'n'roll bien juteux dont il se gave. Solidement planté dans les 70's le rock de Cobalt est à la limite du proto-hard à l'anglaise, quand les guitares commençaient à se faire du lard, à s'enrober d'atours vaguement psychédéliques, à se balader aux confins d'un univers musical encore inexploré, là où seuls quelques aliens faisaient la loi et régnaient en maîtres. Le rock'n'roll de Cobalt, s'il affiche clairement ses origines, n'en est pas moins nutritif et savoureux. Riffs de guitares efficaces et bien armés, mélodies imparables et court vêtues, rythmiques charpentées et pachydermiques, y a pas à dire ça tient la route. En solo le Profa aurait plus tendance à se promener au gré de ses lubies et de ses intuitions. Seul aux commandes il n'y a plus guère de ligne directrice dans ses disques, qui, du coup, ressemblent plus à des patchworks qu'à des tapis persans. Capable, dans certains cas, de donner dans l'acoustique le plus attachant, Lou Profa peut aussi se fendre de trucs directement inspirés de la varièté-new wave des 80's, ce qui, il faut bien le dire, n'est alors guère à son honneur. C'est malheureusement dans cette seconde catégorie qu'il faut classer "Sara", un 5 titres plutôt mièvre et fade en comparaison des perles qu'il est par ailleurs parfaitement apte à composer. Etre prolifique n'a pas toujours que des bons côtés. On se consolera avec quelques autres disques du père Profa. Leo442rue Lou PROFA : Das erwachen eines europäische neuen sonnigen tages (CD, Listen Loudest ! - Teskovec 27c - 10090 Zagreb - Croatie) Après avoir célébré New York (et surtout Greenwich Village) dans une paire de ses derniers albums, Lou Profa tourne cette fois-ci ses regards vers l'Allemagne. Apparemment définitivement polyglotte, c'est dans la langue de Goethe qu'il interprète les 5 titres de ce mini-album. J'avoue ne pas savoir si la Croatie fait partie des 10 nouveaux pays qui devraient bientôt rejoindre la CEE, mais si tel est le cas Lou Profa s'inscrit donc déjà dans le cadre de cette Europe élargie vers l'est (et si ce n'est pas le cas, sa démarche devient alors celle d'un militant fervent et convaincu de la candidature croate à l'adhésion, à tous les coups l'on gagne). Ne parlant pas allemand moimême, je serai bien incapable de vous dire de quoi il retourne sur ce disque, je me bornerai donc à vous signaler que c'est un compromis entre l'acoustique que Lou Profa affectionne, et les arrangements plus sobrement électriques qui viennent parfois surligner ses mélodies d'une fragilité apparente... fragilité aussitôt contrebalancée par l'interprétation sans faille du bonhomme. Lou Profa se montre d'une prolixité désarmante, alignant les albums comme Bush les conneries... devinez ce que je préfère. Leo442rue Neven DUZEVIC : Plaza prema nebu (CD, Slusaj Najglasnije ! - Teskovec 27c - 10090 Zabreb - Croatie) KIBA : Bluz sansona (CD, Slusaj Najglasnije !) Lou PROFA & COBALT : Prava dama (CD, Slusaj Najglasnije !) Ces 3 dernières productions du label croate Listen Loudest nous offrent un joli panorama d'une certaine scène formée d'auteurs-compositeurs du cru. Neven Duzevic se promène quelque part entre le Dylan des early 70's (période Rolling Thunder Revue) et le Willy Deville néo-orléanais actuel. Le bonhomme joue de tous les instruments sur son album, ce qui est déjà une certaine forme d'exploit. Et quand on entend, outre les guitare-bassebatterie habituels, des trucs comme un accordéon, un orgue, une mandoline ou un harmonica, on se dit que, effectivement, il a dû beaucoup écouter toute cette scène à mi-chemin entre le folk et le rock qui pourrait aller, grossomodo, des Byrds à Giant Sand. Les morceaux sont souvent en laid-back, ce qui n'exclue pas quelques trucs plus dynamiques et diablement accocheurs ("Grafiti", un hit potentiel, "U redu"). Probablement enregistré avec des bouts de ficelle, mais néanmoins bien foutu. Pour l'anecdote, on retrouve Neven Duzevic jouant de l'orgue sur le disque de Kiba. Ce dernier, seul avec sa guitare (hormis donc les interventions d'orgue), est plus proche d'un trip plus purement folk. Entre Dave Van Ronk, Tom Waits ou Reid Paley, auxquels sa voix grave et éraillée nous fait irrésistiblement penser, Kiba se place aussi en embuscade dans un créneau protest-folk qui doit, j'imagine, être très présent en Croatie aujourd'hui, compte tenu de l'histoire mouvementée du pays ces 100 dernières années. Des chansons épurées et dépouillées qui n'en véhiculent pas moins des émotions riches de sens. Lou Profa mène de front 2 carrières, l'une en solitaire, l'autre avec son groupe, Cobalt. Sa dernière production le voit donc à la tête de ce groupe pour 5 titres conformes à ce que fait Cobalt habituellement, à savoir un rock inspiré des 70's, classique de facture, peut-être pas très original mais bien construit. Le problème de Lou Profa c'est que, à sortir des disques tous les 2 ou 3 mois, ses compositions ne sont peut-être pas toujours exceptionnelles et certaines d'entre elles se ressentent de cette boulimie d'écriture. Il est probable qu'avec 3 albums on pourrait en faire un très bon. Ainsi a-t-on parfois une impression de déjà entendu dans certaines mélodies, certaines harmonies (comme ici "To je samo fol"). Par contre mention spéciale à la pochette de ce "Prava dama", jurassic-porno à Malibu. Leo442rue REGE REGE REGE REGE (CD, Slusaj Najglasnije !) Même avec la barrière de la langue, impossible de ne pas se douter qu'il s'agit là d'une compilation reggae. Mais, comme tout ce que fait le label croate, ce n'est pas de reggae traditionnel dont il est question ici, plutôt de reggae comme source d'inspiration pour agrémenter des sonorités parfois plus aventureuses. Et la sauce prend plutôt bien. Pour autant que je sache tous les groupes présents ici sont originaires de Croatie ou des états voisins, et la plupart gravitent dans la mouvance de ce label hors norme. D'ailleurs, Zdenko Franjic, le boss de "Listen Loudest !", n'hésite pas à se mettre en scène lui-même sur cette compil, tant avec son défunt dernier groupe, Losi Decki, qu'avec l'un de ses projets solo, Ocarani DJ Zdena, dédié justement au reggae et au dub, sans parler d'un duo avec Neven Duzevic, l'un des piliers de son label. Pour le reste, on trouve des choses surprenantes, comme un titre de Lou Profa, pourtant guère familier du genre, Schmrtz teatar, et un "Nazi reggae" plutôt barré, Ska Ringispil ou Dub Rebellion, adeptes des styles dont ils tirent leur nom. Il est parfois sain d'ouvrir un genre musical à d'autres sources d'inspiration, et, en l'espèce, faire du reggae en Croatie doit quand même être un sacré choc culturel, même atténué aujourd'hui par la circulation de l'information et l'ère Internet, ça permet au moins de ne pas voir le dit genre se scléroser lentement, se pétrifier et se figer de manière dogmatique, ce qui, de toute façon, ne semble guère être d'actualité pour un reggae désormais mondialisé, donc pluriculturel. Leo442rue CUDNOVATI DJ ZDENA : Umetnost umetanja (CD, Slusaj Najglasnijel - Teskovec 27c - 10090 Zagreb - Croatie) OCARANI DJ ZDENA : Sora z vetrenjacama (CD, Slusaj Najglasnijel) Je vous ai déjà parlé des aventures de DJ Zdena, ce toasteur croate qui détourne à son "profit" (artistique s'entend, parce que pour ce qui est des finances, faut pas rêver, c'est du pur DIY) quelques instrumentaux récupérés sur disques. Là-dessus DJ Zdena pose ses textes d'une voix de falsetto qui respire le "fait à la maison tendance cuisine". Me demandez pas ce que raconte le bonhomme, ses textes sont en croate... et je ne parle cette langue que sous la torture, ce qui, je dois l'avouer, ne m'est pas arrivé depuis longtemps, fort heureusement... La tendance générale des toasts de DJ Zdena est plutôt au reggae (King Tubby, Sly & Robbie, Gladiators), qui constitue notamment l'intégralité du projet "Ocarani", mais sur "Cudnovati" il s'ouvre également au blues (Bob Log III, Paul Jones, Al Perry, Eric Clapton), ce qui n'est pas banal et apporte une touche d'originalité non dénuée d'intérêt à un ensemble certes un peu fourre-tout mais sympathique et attachant. Peut-être loin des canons du genre, mais au moins fait avec les tripes. Leo442rue NAPUKNUTI DJ ZDENA : Zadnja luknja na svirali (CD, Slusaj Najglasnije!) Au fil de ses albums DJ Zdena (nom de scène de Zdenko Franjic, le boss du label Slusaj Najglasnije) se fait de plus en plus aventureux. Ses premiers disques solo (il officiait avant au sein du groupe punk Losi Decki) le voyaient poser ses mots et sa voix de fausset sur des riddims reggae. Il s'est ensuite dirigé vers des instrumentaux blues pour porter ses textes (toujours en croate). Le voilà maintenant qui se risque dans le bizarre. Certes le reggae est toujours présent dans ce disque (Dr Ring Ding, King Tubby, Mad Professor sont ainsi allégrement pillés, ce dont ils ne devraient guère s'offusquer puisque le détournement des disques des autres est l'un des fondements même de l'art des toasters jamaïcains), le blues aussi (Paul Wine Jones, Bob Log III sont ainsi mis à contribution, même involontairement), mais là où les choses commencent à prendre un tour plus "surprenant" c'est lorsque DJ Zdena s'attaque à Roxy Music, Green Fandango, Neu ou même à un Lee Scratch Perry lui-même adepte d'une techno organique pour l'occasion. D'emblée il est déjà moins évident de rentrer dans les aventures cérébrales du bonhomme, surtout quand, comme moi, on n'est pas spécialement fan de ce genre de musique pour adepte de paradis aussi artificiels que la soi-disant réalité de la télé du même nom. Alors oui, DJ Zdena a inventé un concept original, en ne faisant justement pas dans l'original mais en recyclant à son profit ce que d'autres lui ont laissé en pâture, faut-il pour autant se laisser griser par tout ce qui bouge ? Il est quand même certains riddims qui me laissent songeur. Leo442rue ZERO CHILD : Live in Mexico City (CD, Slusaj Najglasnije !) Un bon groupe new yorkais rompu à l'exercice du live dans les ambiances les plus improbables, une bonne soirée qu'on devine copieusement arrosée dans un club mexicain, pour un disque de rock'n'roll qui fleure bon l'électricité (d'origine thermo-nucléaire de préférence), la cerveza, la sueur, la nicotine et la tequila. Vous l'aurez compris le rock'n'roll de Zero Child est du genre graisseux, épais, biberonné au cholesterol et au houblon. OK ! Un rock'n'roll dont la principale qualité n'est sûrement pas la subtilité ni l'enluminure, mais bien plutôt la testostérone (malgré une charmante jeune fille à la basse) et l'huile de vidange. Rien de bien nouveau chez Zero Child certes ("Go baby go", "I'm sick", "Wild child", "Demon child", "She's the girl"), mais au moins prennent-ils un plaisir évident à se retrouver sur scène, fut-ce à Mexico City (donc autant dire sur la planète Mars pour des américains, même si, opportunistes, ils balancent un "Mexico boogie" de circonstance), ce qui transpire tout au long de ce disque sans nuance mais tout en énergie et en foi. Enregistré direct sur la table et certainement guère retouché sur Protools, ce live a un son de putois, aussi raffiné que du pétrole lampant, ce qui en fait évidemment son "charme". Bref un grand album live comme on les aime quand on n'a jamais vu le groupe sur scène. Un disque naturel, pas trafiqué, qui devrait faire la joie de José Bové... Mais le bonhomme n'a pas franchement l'air rock'n'roll. Leo442rue EROTIC BILJAN & his HERETICS : Electrocuted by (CD, Slusaj Najglasnije !) Entre psyché-trash et garage-rock'n'roll, Erotic Biljan et ses Heretics (la palme de l'année aux gugusses pour leur nom en tout cas) revisitent un des pans les plus obscurs de la culture rock occidentale, ce rock'n'roll né au fin fond des antres les plus sombres et ténébreux, dans ces garages où l'odeur de cambouis le dispute aux décibels sursaturés, dans ces caves où la moisissure suinte des cordes de mi, dans ces hangars où les fantômes s'invitent à danser le bop ou le watusi. Des Sonics aux Cannibals, des Trashmen aux Mummies, de Love aux Makers, les pères et grands-frères de ces improbables croates ont posé les bases d'une religion qui a fait du riff le plus crade un cantique bruitiste et dégénéré, qui a fait du rythme le plus frénétique un rituel hormonal et pelvien, qui a fait de la mélodie la plus décharnée une prière perverse et obsessionnelle. Cette musique a cela d'exceptionnel qu'elle est intemporelle et incontournable, ce qui en fait tout le sel, le ferment, le ciment. Quand on parle des chapelles du rock n'oublions pas que seul le trash-garage impose son statut d'église, ouverte à tous le vents et à tous les paumés de la terre, certes, mais église quand même. Et notre érotomane Biljan en est l'un des grands prêtres. Alleluia ! Au nom de la Vox, de la fuzz et de la crypte. Leo442rue lionel dekanel, 442eme rue - e-zine, francuska Lou PROFA : The heaven I prayed (CD, Slusaj Najglasnije ! - Teskovec 27c - 10090 Zagreb - Croatie) Lou PROFA : Dnevnik rokenrol zvijezde (DVD, Slusaj Najglasnije !) Le temps semble ne pas avoir de prise sur Lou Profa (qui est pourtant déjà dans sa cinquantaine) qui continue à aligner les disques comme un général ses soldats avant l'assaut final. Ce nouvel album a été mis en boîte en une seule journée, en avril dernier, et on devine que les prises n'ont pas dû être bien nombreuses. De toute façon Profa a une telle expérience que les arcanes du studio n'ont plus de secret pour lui et qu'il ne perd guère de temps en réglages et autres inconvénients techniques. De plus ce disque étant acoustique point n'est besoin de multiples prises pour boucler un album que le bonhomme, en fait, n'a dû aborder que comme un concert, ou une soirée entre amis (je vous épargne le plan scout-feu de bois, Profa reste un fervent rocker, même avec sa seule guitare sèche pour bagage). Ce disque est en anglais (précision utile quand on sait que Profa est capable de chanter en plusieurs langues, dont, bientôt, le français) et montre une facette presque mystique d'un auteur-compositeur-interprète qui ne s'embarrasse pourtant guère de démonstration prosélyte. C'est juste que, parmi les nombreuses sources d'inspiration de Profa, s'élève parfois une confiance naïve en l'humanité. Plusieurs des textes de ce disque en témoignent ("The heaven I prayed", "The order of things", "Love is wining", "Graceland"). Pour le reste ce sont surtout des situations mises en mots et en musique sans prétention, juste des prétextes à habiller des mélodies qui semblent lui venir aussi naturellement que les conneries à George W. Une paire de titres, "Chrysenthemum" et "Over you" se voient ainsi pourvus d'un nouveau texte et d'une nouvelle version au passage. Parallèlement à ce disque sort également un DVD, tourné il y a 2 ans, qui montre, une heure durant, Profa en conversation avec Zdenko Franjic, le patron de Slusaj Najglasnije ! Seul léger problème, les 2 hommes étant croates ils discourent donc dans leur langue natale, ce qui, évidemment, en réduit singulièrement la portée dès lors qu'on ne parle pas un traître mot de cet idiome. On devine juste qu'ils papotent musique, Profa attrapant régulièrement sa guitare pour nous gratifier de quelques-unes de ses chansons. Tourné chez Zdenko, c'est l'occasion de voir Profa se produire dans différents décors (canapé, studio, paysage enneigé) et donc de pénétrer un peu dans une ambiance feutrée et intimiste (et pour le coup le plan feu de cheminée, cette fois, marche à fond). (thème du "Delivrance" de John Boorman et sujet de l'une des meilleures scènes du film)... qu'Hayseed Dixie reprend enfin pour clore ce disque. Lionel Dekanel 442 rue UROKANI DJ ZDENA : Ni vrit ni mimo (2CD, Slusaj Najglasnije ! - Teskovec 27c - 10090 Zagreb - Croatie) Depuis la fin de Losi Decki, son premier groupe punk, DJ Zdena suit une progression logique dans ses efforts solo. Après avoir commencé à poser sa voix sur des instrumentaux rock il a lentement dérivé vers le dub et le blues pour arriver, aujourd'hui, à taper dans l'electro tendance gothique. Avec son ami HRC, grand bidouilleur de sons devant l'Eternel, DJ Zdena nous propose un double CD bourré à craquer de boucles et de nappes sur lesquelles il pose un chant à la fois incantatoire et désincarné, comme sorti des brumes de quelque cimetière transylvanien. Cet electro là est tout sauf dansant. Il triture nos neurones déjà bien dessillés par une résurgence de fin de règne social. Entre chants de Noël désespérés et glauques, riffs surf robotiques et déclarations d'amour vitriolées à ce qui reste de musicalité en nous DJ Zdena explore les recoins les plus inaccessibles de notre inconscient, là où se terre le plus intime de nous-même. Il est à la fois chirurgien de l'âme et psy de nos tourments. Quelque part entre un Can moderne et un Sun Ra moins acide DJ Zdena nous offre un aller simple pour une introspection négativiste. Il n'y aura pas forcément de place pour tout le monde dans ce bordel cérébral. Lionel Dekanel 442eme Rue fanzine, france
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